Marché horloger : de nouvelles approches pour comprendre les consommateurs et anticiper les mutations du secteur

Retour sur la 30e Journée internationale du marketing horloger – 29 octobre 2026, La Chaux-de-Fonds

 

Comment comprendre les évolutions du marché horloger dans un environnement économique, culturel et technologique en pleine transformation ?

C’est autour de cette question que s’est articulée la 30e Journée internationale du marketing horloger, organisée le 29 octobre 2026 à La Chaux-de-Fonds.

Cette édition a mis en lumière une conviction : les études de marché ne peuvent plus se limiter aux données quantitatives, aux volumes de vente ou aux caractéristiques des produits. Pour comprendre les consommateurs d’aujourd’hui et anticiper ceux de demain, les marques doivent croiser les approches économiques, sociologiques, comportementales et numériques.

 

Un marché horloger en mutation : la croissance passe désormais par la valeur

Le constat présenté par Karine Szegedi (Deloitte) est sans équivoque : le marché suisse connaît une contraction importante de ses volumes, avec une baisse de 43 % en dix ans. Dans ce contexte, 90 % des perspectives de développement seraient désormais orientées vers le haut de gamme.

Le secteur doit donc repenser ses leviers de croissance. La baisse de la demande étrangère, les tensions sur le pouvoir d’achat et la concurrence des marques non suisses imposent de nouvelles stratégies, aussi bien aux fabricants qu’à leurs fournisseurs.

Mais les comportements d’achat évoluent également selon les marchés. L’étude présentée, menée auprès d’environ 6 500 consommateurs dans 13 pays, souligne l’importance de plusieurs critères : le prix, le design, l’image de marque, la durabilité et la polyvalence.

Les habitudes de distribution confirment par ailleurs la place toujours importante du commerce physique : 34 % des consommateurs privilégient les boutiques multimarques et 21 % les boutiques monomarques, contre 17 % qui achètent en ligne.

L’expérience en boutique reste donc un élément différenciant. Elle offre une dimension sensorielle et psychologique que les marques doivent parvenir à retranscrire dans leurs dispositifs numériques.

 

De nouvelles opportunités à l’international

L’Inde et le Mexique illustrent les nouvelles perspectives de développement du secteur.

En Inde, l’essor de la classe moyenne et la place historique de la joaillerie dans la culture locale favorisent l’intérêt pour les montres de luxe. Celles-ci représentent parfois bien davantage qu’un accessoire : elles incarnent la réussite sociale, le prestige et l’accomplissement personnel.

Au Mexique, le marché de la seconde main progresse et les attentes semblent davantage orientées vers le design que vers la seule notoriété des marques.

Ces exemples rappellent qu’une stratégie internationale ne peut pas reposer sur la simple transposition des codes européens. Les usages, les représentations culturelles et les motivations d’achat doivent être étudiés marché par marché.

 

Le parcours client : comprendre les interactions plutôt que le seul acte d’achat

L’intervention de Léo Trespeuch (Université du Québec à Montréal) a permis de revenir sur les évolutions du parcours client dans l’horlogerie de luxe en Amérique du Nord.

Le modèle AIDA (Attention, Intérêt, Désir, Action) reste une grille de lecture utile pour comprendre les mécanismes qui conduisent à l’achat. Mais les parcours contemporains sont beaucoup plus complexes.

Les travaux de Wolny et Charoensuksai (2014) montrent notamment l’intérêt d’analyser quatre dimensions : l’orientation, la recherche d’informations, la communication et l’action.

Le consommateur découvre une marque, compare les modèles, consulte les avis, échange avec d’autres passionnés puis prend sa décision. Les marques doivent donc comprendre l’ensemble de ces interactions.

David C. Edelman et Marc Singer (2015) vont plus loin en soulignant que le parcours décisionnel n’est plus linéaire. L’enjeu consiste à accompagner le consommateur avant, pendant et après l’achat.

Cette approche suppose de mieux connaître les besoins exprimés, mais aussi les besoins latents : au-delà de la recherche d’une montre fiable ou automatique, un acheteur peut rechercher une reconnaissance sociale, une appartenance à une communauté ou la matérialisation d’une réussite personnelle.

 

Les communautés de passionnés : une nouvelle source de connaissance stratégique

L’intervention de Benjamin Perregaux (Antropomedia) a apporté un éclairage particulièrement intéressant sur l’anthropologie digitale.

À partir de cinq années d’analyse des conversations numériques autour de Vacheron Constantin, l’approche présentée consiste à observer les communautés, leurs pratiques, leurs discours et les significations qu’elles attribuent à l’objet horloger.

L’objectif n’est plus simplement de compter les mentions d’une marque ou d’un modèle, mais de comprendre les univers culturels qui se construisent autour de la montre.

Plusieurs enseignements ressortent de cette analyse :

  • L’expertise prime sur le discours publicitaire : l’avis d’un passionné reconnu peut avoir davantage de poids qu’une campagne de communication.
  • La matière rassure : comprendre le fonctionnement mécanique, entretenir ou démonter une montre participe à l’expérience.
  • La transmission prend de l’importance : la montre devient un objet patrimonial que l’on conserve et que l’on transmet.
  • La transparence est attendue : origine, traçabilité et caractéristiques techniques doivent pouvoir être vérifiées.
  • Le luxe évolue : la réussite ne se manifeste pas nécessairement par une démonstration ostentatoire, mais peut s’inscrire dans la discrétion et le retour au calme.

Ces observations invitent les marques à investir davantage dans leurs écosystèmes de prescription et à comprendre les communautés qui influencent réellement les décisions d’achat.

La voix des collectionneurs, présentée par Roy Davidoff, a également rappelé que ces consommateurs peuvent posséder une expertise très pointue, parfois supérieure à celle des vendeurs sur certains modèles. Pour eux, la rareté doit être légitime et le marché secondaire s’analyse davantage à travers la cote d’une montre que son simple prix de vente.

 

Veille concurrentielle et intelligence artificielle : de nouvelles possibilités, mais aussi de nouveaux risques

La veille concurrentielle reste indispensable pour suivre les évolutions d’une marque, surveiller les lancements des concurrents et comprendre les dynamiques sectorielles et géographiques.

Olivier R. Muller (Luxe Consult) a notamment rappelé l’importance de structurer les périmètres de veille autour de trois dimensions : sa propre marque, ses concurrents et son industrie.

L’intelligence artificielle renforce aujourd’hui les capacités d’analyse, mais elle comporte également un risque de surinterprétation. Les données doivent être contextualisées et confrontées à une analyse humaine.

Cette question rejoint les travaux présentés par Magali Bigey (Université de Franche-Comté), qui défend une approche fondée sur les discours et les signaux émergents.

Un enseignement important : la fréquence d’apparition d’un mot ou d’un sujet ne suffit pas à déterminer son importance. Un discours minoritaire, une expérience singulière ou une contestation isolée peuvent révéler un signal faible particulièrement intéressant.

Il faut donc apprendre à écouter les conversations, à comprendre les interactions et à analyser les expériences racontées par les consommateurs, notamment dans les communautés spécialisées et sur des plateformes comme Reddit.

 

Quand l’intelligence artificielle devient le nouveau point d’entrée vers les marques

L’une des interventions les plus marquantes de cette journée a été celle d’Alexandre Olive (Luxury AI Report et Elia-Atelier), consacrée à la visibilité des marques horlogères dans les réponses des intelligences artificielles.

Son étude, menée auprès de 46 maisons horlogères indépendantes et fondée sur des requêtes effectuées dans ChatGPT, Gemini et Perplexity, met en évidence une transformation majeure : l’IA devient progressivement un nouvel intermédiaire entre le consommateur et la marque.

Un chiffre interpelle particulièrement : selon les résultats présentés, 70 % des réponses orienteraient les acheteurs vers le marché de l’occasion plutôt que vers les marques horlogères elles-mêmes.

Autrement dit, une marque peut disposer d’un site performant, d’une histoire riche et d’un discours maîtrisé, sans pour autant apparaître dans les réponses générées par les intelligences artificielles.

La marque ne maîtrise donc plus entièrement son récit.

Pour exister dans cet environnement, elle doit travailler sa présence au sein d’un écosystème informationnel plus large : presse spécialisée, médias économiques, interviews de dirigeants, blogs horlogers, comparatifs, tests de montres, forums et communautés de passionnés.

Le site institutionnel ne suffit plus. La visibilité passe également par la qualité, la cohérence et la diversité des informations disponibles sur la marque à l’extérieur de ses propres supports.

 

Repenser les études de marché : croiser les données et écouter les signaux faibles

Les différentes interventions de cette 30e Journée internationale du marketing horloger convergent vers un même constat : comprendre le marché suppose désormais de dépasser les méthodes traditionnelles.

Les données quantitatives restent essentielles pour mesurer les volumes, les tendances et les comportements déclarés. Mais elles doivent être complétées par l’analyse des discours, l’observation des communautés, la veille concurrentielle et l’écoute des conversations numériques.

Les données issues du SEO, du SEA et des Social Ads constituent également des ressources précieuses pour comprendre les intentions de recherche et les attentes des consommateurs.

L’enjeu est de ne plus seulement mesurer ce que les consommateurs déclarent vouloir acheter, mais de comprendre ce qu’ils recherchent, ce qui les influence, ce qu’ils valorisent et ce qu’ils ne formulent pas spontanément.

 

En conclusion : mieux écouter pour mieux anticiper

Cette 30e édition rappelle que l’horlogerie est bien davantage qu’un marché de produits. La montre est simultanément un objet technique, un marqueur identitaire, un symbole culturel, un patrimoine et parfois un investissement.

Pour les marques, le défi consiste à comprendre ces différentes dimensions et à adapter leur stratégie aux évolutions des marchés et des consommateurs.

À l’heure où les communautés influencent les perceptions, où le marché secondaire redéfinit la valeur et où les intelligences artificielles deviennent de nouveaux prescripteurs, la veille stratégique et les études de marché prennent une dimension nouvelle.

L’enjeu n’est plus seulement de collecter des données, mais de leur donner du sens pour construire une véritable capacité d’anticipation.

Désinformation, mésinformation, malinformation

 - IMAGEBROKER/RAFAPRESS / IMAGEBROKER.COM

Trois formes de pollution informationnelle à distinguer :

L’espace informationnel contemporain n’est pas seulement saturé : il est instable. Les décisions individuelles, économiques et politiques reposent de plus en plus sur des informations dont la qualité, l’intention et l’usage sont hétérogènes. Pour comprendre ce brouillage, trois notions doivent être clairement distinguées : désinformation, mésinformation et malinformation.

 

1. La désinformation

La désinformation désigne la production et la diffusion intentionnelle d’informations fausses ou trompeuses dans un objectif précis : influencer, orienter, déstabiliser ou décrédibiliser. Elle n’est jamais neutre. Elle sert une stratégie. Dans les sphères économiques, elle peut viser à fragiliser un concurrent, créer de l’incertitude sur un marché, retarder une décision d’investissement ou orienter la perception d’un risque.

La désinformation fonctionne par : répétition, amplification émotionnelle, exploitation de canaux à forte viralité.

 

2. La mésinformation

L’erreur sans intention de nuire.

La mésinformation correspond à une information fausse, inexacte ou mal interprétée, diffusée sans volonté de manipulation.

Elle naît souvent de : mauvaises sources, chiffres mal compris, raccourcis journalistiques, biais cognitifs, vulgarisation imprécise de sujets techniques.

La mésinformation est fréquente dans les débats scientifiques, environnementaux ou technologiques. Elle ne relève pas d’une stratégie hostile, mais elle produit des effets réels : décisions biaisées, croyances erronées, polarisation des opinions.

Son danger ne tient pas à l’intention, mais à sa circulation massive.

 

3. La malinformation

La malinformation est la forme la plus insidieuse. Il s’agit d’une information vraie, exacte sur le fond, mais sortie de son contexte, sélectionnée, partielle ou temporalement déformée, dans un but manipulatoire.

Exemples typiques : un chiffre exact présenté sans comparaison, une étude scientifique isolée de son corpus, un fait ancien réactivé pour créer une crise actuelle, une donnée vraie utilisée pour construire un récit trompeur.

La malinformation est difficile à contester, car elle repose sur des faits. Le débat se déplace alors de la véracité vers l’interprétation, souvent au détriment de la nuance.

Vous trouverez ci-joint un podcast qui présentera les différences entre ces 3 concepts.

Désinformation, véracité et traçabilité de l’information

Un très bon dossier paru dans la revue I2D – Information, données & documents sur la désinformation.

Désinformation, véracité et traçabilité de l’information

La désinformation constitue une menace systémique amplifiée par les technologies récentes, affectant l’ensemble des organisations et, plus largement, les sociétés démocratiques. La distinction entre information fiable et contenu manipulé devient de plus en plus complexe face à des campagnes structurées et sophistiquées.

Pour les professionnels de l’information-documentation, l’enjeu est central et non négociable : produire ou transmettre une information erronée remettrait en cause leur fonction même. Leur responsabilité repose désormais prioritairement sur la véracité, la traçabilité et l’éthique de l’information.

La réponse professionnelle passe par des méthodes rigoureuses de validation : croisement des sources, analyse des métadonnées, recours à l’expertise, et usage d’outils d’investigation numérique. La véracité devient ainsi le pilier opérationnel de l’infodoc face à la désinformation.

 

Sommaire :

I. Véracité et méthodes pour la détection de la désinformation
II. L’éducation à l’information et à L’IA
III. La production et l’accès information fiable

Partenariat SINDUP et L’Université de Lyon 3

Société - SINDUP

 

Dans la Licence Information-Communication de l’Université Jean Moulin Lyon 3, la compréhension des dynamiques informationnelles et la capacité à produire une veille stratégique pertinente constituent des compétences professionnelles fondamentales.

Pour structurer ces apprentissages autour d’un outil réel, nous avons eu l’opportunité depuis quelques années avec l’Université de Lyon 3 d’intégrer l’usage de la plateforme Sindup au cœur du cursus info-com.

Sindup est une solution de veille stratégique et d’intelligence de marché utilisée par plus de 125 000 professionnels à travers le monde. Elle permet de collecter, filtrer, analyser et diffuser de l’information pertinente à partir d’une surveillance automatisée de millions de sources numériques, tout en facilitant la collaboration au sein d’un groupe de travail.

 

Mise en œuvre pédagogique

Dans le cadre de projets pratiques, les étudiant·es sont confronté·es à des problématiques réelles (par exemple, l’e-réputation d’une marque ou d’une organisation) et doivent :

  • définir un cadre de veille adapté à la question posée ;

  • paramétrer des sources pertinentes et automatiser leur collecte ;

  • filtrer et analyser les résultats pour faire émerger les tendances ;

  • restituer leurs conclusions sous forme de rapports exploités en contexte professionnel.

Objectifs pédagogiques : 

L’intégration de Sindup dans les enseignements répond ainsi à plusieurs objectifs pédagogiques :

 

1. Appropriation d’un outil professionnel
Les étudiant·es utilisent une plateforme qui dépasse nettement les interfaces gratuites ou grand public. Ils expérimentent la veille comme un processus complet, du cadrage à la diffusion, dans un environnement qui structure l’information stratégique de façon robuste.

 

2. Développement de compétences pratiques
Au-delà de la simple recherche d’information, Sindup oblige à arbitrer des masses de données, à sélectionner des signaux faibles et à structurer des analyses claires. Cette pratique améliore la capacité à produire des livrables opérationnels, qui sont directement transposables dans une activité professionnelle en communication, marketing ou médias.


3. Approche critique de l’information
La plateforme facilite le tri et l’évaluation critique de sources, permettant aux étudiant·es de distinguer l’information stratégique de l’information accessoire ou bruitée. Cette compétence est centrale dans les métiers de la communication et de l’information.

Pour en savoir plus